Julien Meynet

Résidents
31.05.2025
30.06.2025
French

Julien Meynet

Le cinéaste corse, lauréat du Groupe Ouest 2024, développe à Providenza son projet de premier long-métrage intitulé Torem. Inspiré d’un ancien rituel funéraire corse, le film met en scène un cheval chargé de choisir le lieu d’inhumation d’un défunt, interrogeant le deuil et la relation entre humains et animaux.

Durant sa résidence, l’auteur a entrepris deux ascensions hebdomadaires depuis Providenza jusqu’au plateau de Tenda (cinq heures aller-retour), où subsiste un des derniers troupeaux de chevaux sauvages sur l'île. Il y établissait un camp de base au pied du Monte Astu, laissant les animaux s’habituer à sa présence afin de les filmer et d’observer leurs comportements, avant de revenir écrire à Providenza. Ce travail d’immersion, mené en dialogue avec la médiatrice équine Laurence Derik, relie étroitement cinéma, éthologie et paysage corse.

Durant la résidence, j’ai travaillé sur la dernière phase d’écriture de mon premier long- métrage de fiction, TOREM. L’histoire est inspirée d’un ancien rite funéraire méditerranéen où le cheval, animal psychopompe, guide le passage entre les vivants et les morts.

Providenza se situe exactement à trois heures de marche du plateau de Tenda, où vit le dernier troupeau de chevaux sauvages de l’île. Dans le cadre de l’écriture du film, j’avais besoin de comprendre et d’observer comment vit un tel groupe, car cela occupe une place centrale dans l’histoire du film.

J’ai souvent entendu dire que les chevaux peuvent sentir les battements de cœur à distance. Ce serait leur façon de jauger l’agressivité ou le niveau de stress d’un humain en leur présence. Je dois confesser que j’ai facilement accepté cette théorie, sans vraiment comprendre comment ils faisaient. La technologie équine m’échappe encore largement.

Mais j’ai compris au moins une chose : rencontrer un cheval, c’est donc, d’abord, ralentir son rythme cardiaque. Ça n’arrive pas tous les jours que la possibilité même d’une rencontre avec un autre être vivant dépende de la vitesse à laquelle bat votre cœur.

J’ai donc multiplié les allers-retours entre le lieu de résidence et le plateau, afin d’alterner périodes d’écriture et observation in situ. C’était un peu expérimental. Je voulais sentir de manière empirique ce que ça fait d’être plongé pendant de longues heures uniquement en présence de ces animaux, qui vivent en autarcie dans la montagne, sans contact humain. Je me rends compte que cette expérience a donné à l’écriture du film une radicalité qu’il n’avait pas jusque-là : le langage corporel et sonore des chevaux est devenu une composante centrale du récit.

La résidence était donc une étape importante dans l’écriture du film, puisqu’elle a permis au scénario d’évoluer vers sa forme finale.

« Quand je menai les chevaux boire J’entendis le coucou chanter Il me disait dans son langage Ta bien aimée vont l’enterrer Ah ! Que dis-tu, méchante bête J’étais près d’elle hier au soir Mais quand je fus dedans la lande J’entendis les cloches sonner Mais quand je fus dedans l’église J’entendis les prêtres chanter Donnai du pied dedans la chasse Réveillez-vous si vous dormez

Non je ne dors ni ne sommeille Je vous attends dedans l’enfer Vois ma bouche est pleine de terre Et la tienne est pleine d’amour Auprès de moi reste une place Et c’est pour toi qu’on l’a gardée » Quand je menais les chevaux boire

Chant Traditionnel — Anonyme - 15 eme siècle.